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Hommage à Yvon Le Coz
Yvon et l’aéromodélisme
Notre ami Yvon nous a quittés… Il faisait partie du conseil d’administration de l’ASPEH et de son comité de rédaction. Ancien maire adjoint des Loges, ayant vécu toute sa vie aux Loges, il connaissait tout de son village : Et comme il avait une mémoire d’éléphant (il était « hypermnésique ») et qu’il aimait bien raconter – avec un formidable talent de conteur, c’était un régal de l’écouter parler et une mine pour notre association ! Et quand il commençait à raconter, tout s’enchaînait à grande vitesse, les anecdotes succédant aux faits historiques, avec une précision sans faille !
Voici un extrait de la dernière interview qu’il nous avait accordée sur un sujet qui lui tenait à cœur : l’aéronautique. En effet Yvon, artisan et bricoleur de génie, s’est intéressé tout gamin aux avions, et il passait son temps sur les terrains de Buc ou de Toussus, où il côtoyait les figures de l’aviation de l’époque, comme Blériot (Ici, avec Mme Blériot devant l’avion de la traversée de la Manche).
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Le texte, assez technique voire rébarbatif pour les non-initiés, montre bien la modernité des méthodes qu’Yvon employait et l’ingéniosité qu’il y déployait pour parvenir à ses fins.
Après avoir évoqué Yves Gardan, qu’il connaissait peu mais dont il savait tout sur ses avions, il nous a parlé de Buc, du pilote Buisson, qui l’emmenait souvent en vol, ce qui l’amène à citer les pilotes de réception de la SNCASE (issue des compagnies pionnières Lioré et Olivier, Dewoitine, Potez, …, ancêtres de l’Aérospatiale, devenue aujourd’hui EADS), dont le célèbre Jean Boulet – toujours titulaire, depuis 1972, du record absolu d'altitude pour hélicoptère.
« Et vous pilotiez ? – Non, mais on savait comment ça marchait ! Nous, nous faisions du modèle réduit, du vol circulaire avec nos 5 cm3. Et souvent ces grands pilotes nous demandaient s’ils pouvaient piloter nos engins ; alors on les décollait, puis on leur laissait. Ils disaient « c’est vraiment pointu ces trucs-là ! » C’est vrai ! Quand on avait fait un looping, les commandes étaient inversées !
NDLR : Qu’est-ce que le vol circulaire ? comme son nom l’indique, le modèle réduit, propulsé, est relié par un câble à son pilote : il tourne donc autour du pilote, qui lui fait effectuer toutes sortes de manœuvres de voltige – dans sa demi-sphère de liberté.
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On a fait un aéroclub, ici, l’aéroclub Louis Blériot, dans lequel j’étais moniteur, et on avait touché du matériel de la Fédération Nationale Aéronautique : des moteurs, du balsa, de l’enduit et tout un tas de trucs, et on travaillait à ce moment-là, l’aéroclub, avec les écoles. On apprenait aux enfants – j’ai été un an à l’école de Buc et un an à l’école de Jouy – où les élèves de CM2, avant le certificat, faisaient du modèle réduit : on avait des quantités d’avions qu’on faisait voler sur le terrain de Buc. Des planeurs, pas des modèles à moteur.
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On avait réussi à installer un monument à Louis Blériot, en face de la gare de Jouy ! Mais ils ont trouvé que c’était pas vraiment la place de Blériot, et ils l’ont mis en l’air, notre monument !
  • Vous avez gardé des modèles? – Oui j’en ai quelques-uns… »
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Voici un modèle complet avec moteur de 5cm3
« Au sein de l’aéroclub, je faisais de la compétition, la Coupe d’Hiver, … »
Jean-Claude Boulier embraye sur le Stinson qu’il a fait voler récemment, sur le moteur en étoile – impossible à réaliser à cette échelle -, remplacé par un monocylindre, dissimulé sous un capot… ce qui rappelle un autre souvenir à Yvon :
« J’avais la chance de connaître le chaudronnier de chez Stinson, qui travaillait pour Buisson. On avait fait un meeting aérien, où il y avait les vrais avions et les modèles réduits ; et le chaudronnier de chez Stinson m’avait fabriqué mon capot moteur, en alu, pour le moteur MICRON, un 2.8, qui fonctionnait en auto-allumage, avec le contre-piston. Et mon avion ressemblait vraiment au vrai ! - Le contre-piston, c’était quasiment du Diesel, parce qu’il était en auto-allumage ? – Oui, c’était de l’auto-allumage ! Mais j’ai encore une quantité de 5 et 8 cm3 – je pourrai vous les montrer !
Quand on faisait du vol circulaire sur le terrain de Buc, il fallait tenir l’avion dont l’hélice tournait quand je me mettais aux commandes. Ne pouvant être aux deux endroits simultanément, il a fallu trouver une solution : alors je mettais une grosse pince sur la gouverne de profondeur (ça faisait du poids) et quand j’étais au bout du fil, je le secouais un peu pour que ça tombe et que ça décolle ! Mais le vol circulaire, c’était passionnant ! –il n’y avait pas de radiocommande – ou très peu. Moi je n’en avais pas.
En vol libre, je faisais du planeur, de la compétition : en Coupe d’Hiver, c’était des moteurs caoutchouc : on faisait des trucs « infernal » ! Parce que pour voler longtemps, on avait des grosses hélices monopales avec un contrepoids ; et puis quand le caoutchouc avait dévidé, pour pas que ça fasse de frein, il y avait un blocage, et la pale se repliait sur le fuselage : on faisait des vols incroyables, en temps ! On avait droit à 70g de caoutchouc, qu’on lubrifiait avant le vol, et pour le remonter on prenait une chignole.
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A l’époque, on n’avait pas de cours d’aéromodélisme : moi je lisais beaucoup de revues, et j’ai appris ce que c’était que le maître couple, le couple de renversement, …toutes ces choses qu’on n’apprend pas forcément quand on a tout ce matériel ! Et puis je me rappelle avec le 5 cm3, j’ai eu 7 coupures dont 3 jusqu’à l’os : c’était des hélices en bois, qu’il fallait lancer, c’était difficile, il n’y avait pas de lanceur ! Parfois ça vous partait dans les mains !!Et puis pour les mélanges, on les faisait nous-mêmes : avec de l’huile de ricin et du méthanol, et de temps en temps on mettait un peu de nitro-méthane dedans pour donner de la ressource ! (on disait que c’était toxique… mais pour amorcer les circuits on était amenés à souffler dedans et il nous arrivait d’en aspirer !) En vol circulaire on avait un réservoir avec une pointe pour alimenter le moteur quand on était sur le dos.
Mais c’est vrai qu’on était passionnés par ça : on était une équipe, 2 ou 3 des Loges, il y avait des gars de Jouy, une équipe formidable au Val d’Albian, et notre plaisir c’était de nous retrouver au terrain.
Il y avait un Américain qui venait, il avait beaucoup d’argent, il avait des pneus gonflables sur ses modèles réduits ! Nous on n’avait pas ça !
…… J’ai jamais piloté de vrais avions : c’est pas que j’aurais été inapte ! Ca me rongeait… »
Retour sur les moteurs… « Des COX j’en ai 2 : j’avais envisagé de faire un bi-moteur ! Vous savez, les plans des avions circulaires, y’a pas de mystère, je les faisais moi-même : un bon profil convexe symétrique, et une aile carrée : c’était pas des maquettes, c’était des « trucs à voler », pas beaucoup de corde entre le bord de fuite de l’aile et le bord d’attaque du stabilo (stabilisateur arrière), une bonne gouverne de profondeur, on montait le guignol aux environs du centre de gravité, on renvoyait ça sur la gouverne arrière. En direction, on n’avait rien ! Moi je mettais quand-même 3° extérieurs pour tendre mes câbles ;
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On voit nettement ici l’angle (supérieur à 3° !) du gouvernail (fixe).
On revoit les commandes de la biellette qui sortent vers le pilote, et le câble qui va vers le contrôle de la gouverne de profondeur.
Pareil au moteur, parce que si on est dans l’axe, les câbles flottent alors que quand on a une bonne incidence à la gouverne de direction, les câbles sont tendus, on a « quelque chose au bout » !
– Pourrait-on organiser des vols ? – oui, pourquoi pas ? J’ai un planeur yougoslave de compétition (l’entoilage doit être à refaire, bien sûr), j’ai aussi un Piper qui a été construit pour le vol libre, et puis j’ai eu les chocottes de le perdre, alors je lui ai foutu un guignol et je l’ai transformé en vol circulaire ! Parce que je me rappelle sur un planeur que j’avais fait, j’avais rajouté un moteur COX de 0.9, et je suis allé sur le plateau de Saclay, j’ai lancé mon truc : il est parti, il est parti jusqu’à Palaiseau !! et pourtant on mettait le carburant avec une seringue pour limiter l’autonomie ! – Et vous l’avez retrouvé ? – Oui, on avait toujours des gars avec des motos qui les suivaient ! Un jour j’avais un planeur que j’ai lancé de Buc ; il a foutu le camp, est passé au-dessus du bois de la Garenne, on le croyait perdu (en fait on mettait notre nom dans l’avion), c’est le gosse du garde-forestier qui me l’a ramené ! Au-dessus de la vallée, il y avait de l’air plus froid et l’avion descendait…
On faisait des trucs pour rester en l’air le plus longtemps possible : on peignait le dessus des ailes en noir mat pour qu’il prenne le pompes… Et puis pour qu’il tourne, on mettait une nervure de plus à l’aile droite pour qu’il y ait plus de portance d’un côté : dès qu’il était largué, le truc tournait sans mettre de gouverne de direction. Et sur les avions on mettait ce qu’on appelait des « déthermaliseurs » : Sur le stabilo on mettait un élastique avec une petite mèche qu’on allumait juste avant le décollage, et quand il avait fait son vol, estimé à 2 ou 3 minutes, la mèche avait cramé l’élastique et le truc se mettait à 45° et l’avion redescendait comme ça ! – rires – Quelle imagination ! de vivre près d’une source aéronautique, ça vous donnait des idées ! ! – oui, les trucs qu’on pouvait imaginer pour améliorer nos performances ! j’ai vécu tout le temps auprès des avions, alors…
Je suis breton, j’ai construit une maquette de bateau pour faire plaisir à mon fils, parce que personnellement j’aime bien la pêche à pied, mais… J’ai toujours aimé les avions !
Propos recueillis en juin 2013 par Jean-Claude BOULIER et Jean-Cosme RIVIERE
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