Le Japon et Les Loges en Josas
En septembre 2016, le Japon a été particulièrement à l’honneur aux Loges en Josas, grâce à des manifestations diverses s’étant déroulées à la bibliothèque, aux écoles maternelle et primaire, à la Maison des associations : ateliers de calligraphie, d’origami, concert de tambours japonais, réception officielle en l’honneur d’un Grand Maître d’art martial japonais, projection de « Yojimbo » (1961) d’Akira Kurosawa,…
Pour autant, ce n’était là que l’ultime manifestation de la nippophilie logeoise et des rapports ténus et singuliers entretenus par notre commune avec le Pays du Soleil Levant, et ce depuis 140 ans !
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En 2016 : projection du dernier film du maître de l’animation japonaise Hayao Miyazaki, « Le vent se lève » (2013).
En 2015 : tournage en notre église de scènes du prochain film de Kiyoshi Kurosawa, « Le secret de la chambre noire », devant sortir en France le 22 février 2017.
En 2014 : installation aux Loges du Takeda Shingen Club de Iaïdo, un art martial japonais ancestral hérité des samouraïs.
En 2013 : projection du film-testament du grand Akira Kurosawa : « Rêves » (1990).
… Et en 1877, l’achat par la famille Krafft d’un terrain qui allait devenir à tout point de vue au cours des années 1880, l’endroit des Loges où le soleil se lève : un jardin japonais doté de ponts, butte au Bouddha, arbres nains… et même d’un pavillon de thé fabriqué à Tokyo et ramené démonté en France !
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Inauguration de Midori no sato, 19 juin 1886, en présence de hauts dignitaires japonais
Ou bien plutôt, dans son intégralité un peu oubliée aujourd’hui :
Midori no Sato
緑の里
« Midori no Sato » pourrait se traduire par Foyer de Nature ou Pays de verdure : « sato » renvoyant au pays natal, au lieu d’enfance et « midori » à la nature, à la verdure. L’expression renverrait à l’idée d’un lieu bucolique, saupoudrée de nostalgie.
Aujourd’hui délimité par la rue de la pépinière, la route des Loges, les chemins de la garenne des Loges, de l’orme rond et des côtes Montbron, le quartier résidentiel logeois dit de « Midori », sis à l’orient de notre commune, résulte du démembrement au début des années 1960 de la vaste propriété de plusieurs dizaines d’hectares où Hugues Krafft réalisa jadis, en son quart nord-est, son rêve de jardin japonais .
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Né à Paris en 1853, ce descendant de Huguenots était apparenté aux Mumm rémois par sa mère et aux Oberkampf jovaciens par sa sœur, ayant épousé en 1878 le baron Philippe de Cabrol de Moutée, arrière-petit-fils du célèbre manufacturier de la toile de Jouy.
Ni champagnisation, ni tissage n’allaient cependant attirer le jeune Hugues Krafft, malgré l’éducation « princière » - précepteurs, collège d’Eton en Angleterre - qu’avait tenu à lui donner son père afin qu’il prît un jour sa succession chez Roederer. Se retrouvant à 27 ans à la tête d’une immense fortune suite aux décès prématurés de ses parents en 1877 et 1880, Hugues Krafft part à l’aventure…
Après plus de 200 ans d’isolationnisme (« Sakoku » : fermeture du pays), le Japon s’ouvre alors aux étrangers et tout notamment à l’Occident en entrant dans l’ère Meiji (ère du ‘gouvernement éclairé’ : 1868-1912). Krafft est de ceux qui contemplent la fin d’un monde et son renouveau, fasciné quoiqu’horrifié déjà des effets pervers de la mondialisation :
« Lancé dans une voie d’imitation où se développe son génie d’application, où la satisfaction de son amour-propre peut se donner libre carrière, le Japon s’évertue actuellement à reproduire tout ce que lui a appris l’étranger. (…) Le Japon d’hier a déjà disparu pour faire place à celui de demain, sur lequel la civilisation moderne étendra peu à peu le coloris uniforme que va prendre bientôt l’univers tout entier… »**
Réalisé de 1882 à 1886, son « Midori no sato » et ses incessants voyages en Europe, au Maghreb, en Asie,… seront pour Krafft le moyen d’être contemporain de son monde et d’en témoigner avant qu’il ne disparaisse. Pendant vingt années, il parcourra le monde, malgré une santé chancelante, et en rapportera de nombreuses photos, des récits de voyages comme « Souvenirs de notre tour du monde » (1885) et « A travers le Turkestan russe » (1901), ou encore des conférences accueillies par nombre de sociétés scientifiques (géographie, archéologie,…).
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Hugues Krafft par Léon Bonnat, 1892
Au tournant du siècle, peut-être pour des raisons de santé liées à une grave chute de Bicyclette survenue en 1896, Krafft cesse cependant de voyager et quitte Les Loges en Josas pour Paris, puis Reims où il fonde la Société des Amis du vieux Reims. Il meurt en en cette ville en 1935, à l’âge de 82 ans, léguant son hôtel particulier et tous ses souvenirs, d’une valeur inestimable, à sa chère Société qui en fera un musée, où sont notamment exposées aujourd’hui encore, certaines des œuvres que Krafft rapporta d’extrême Orient voici plus d’un siècle.
  • Cet article doit beaucoup aux recherches et à l’article « Midori » de Danièle Bouchet, paru dans « Les cahiers historiques de Jouy-en-Josas n°13 - janvier 2012 ». On peut acquérir ce cahier en écrivant à : Groupe de recherches historiques de Jouy-en-Josas, 5 Parc de Diane, 78350 Jouy-en-Josas.
  • * La citation de Hugues Krafft est extraite de « Souvenirs de notre tour du monde », Hachette, Paris, 1885, pp. 356-357. Cet extraordinaire ouvrage de 400 pages, dont plus de 100 consacrées au seul Japon, est disponible gratuitement sur le site Gallica de la BNF.
Merci à Akemi F. pour son aide précieuse !
Jean-Jacques Brétéché
NB : Bien que sympathisant, Jean-Jacques n’est pas membre de l’ASPEH et cet article n’a pas été publié par l’ASPEH mais en son nom par JJB.
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