1914-1918 – Les Morts pour la France des Loges-en-Josas
L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier des trônes d’Autriche et de Hongrie, le dimanche 28 juin 1914 à Sarajevo est considéré comme étant la cause immédiate du déclenchement de la 1ère guerre mondiale. Mais les causes profondes sont multiples, notamment pour la France, la volonté de récupérer l’Alsace et la Lorraine perdues par la défaite de la guerre de 1870.
Jean Jaurès, hostile à la guerre qui se prépare, est assassiné le 31 juillet 1914 au café du Cadran. Cet événement participe à la naissance de l’Union Sacrée qui rassemblera tous les partis politiques.
L’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août 1914 et le 4 août le Royaume-Uni déclare la guerre à l’Allemagne.
Cette guerre deviendra mondiale ; elle fera environ 18,6 millions de morts et 20 millions de blessés.
Ainsi l’heure de la mobilisation générale a sonné. Côté humain, c’est le malheur qui s’abat sur les populations. Au plan économique c’est une catastrophe.
Pour un petit village rural d’à peine plus de 300 habitants tel que Les Loges-en-Josas en 1914, cela ne sera pas sans effet sur le travail des champs ; les bras vont manquer. L’exploitant agricole Théodore Champy, maire de la commune depuis 1908, s’inquiète de l’avenir de ses administrés mais aussi du devenir des récoltes. Il sera maire jusqu’à la fin de la guerre et accomplira courageusement son mandat. Pour lui, le plus redoutable est d’aviser les familles de la disparition ou de la mort au combat d’un conscrit de la commune. Il portera aide, réconfort et assistance à celles et ceux dans le deuil ou le besoin. Cela est d’autant nécessaire qu’à cette époque les habitants du village vivent modestement. Les hommes étant au front, les femmes se trouvent souvent dans le dénuement le plus complet. Lorsqu’elles ne sont pas blanchisseuses, un grand nombre de ces femmes sont contraintes, par nécessité, de se consacrer aux durs travaux agricoles.
Les premières semaines de la guerre sont catastrophiques pour la France. Le 22 août 1914 est, selon Jean-Michel Steg, «Le jour le plus meurtrier de l’histoire de France » avec 27.000 morts en un seul jour côté français. La France et son allié britannique perdent du terrain. Début septembre les Allemands sont dans les départements de l’Oise et de la Seine-et-Marne à moins de 50 kilomètres de Paris. Senlis est occupé. Le 2 septembre le gouvernement quitte Paris pour Bordeaux.
Pour transporter les troupes en renfort sur le front de la première bataille de la Marne le général Gallieni réquisitionne environ 1.100 taxis parisiens ; c’est le célèbre épisode des « Taxis de la Marne » des 6 et 7 septembre 1914. Épisode plus symbolique qu’efficace, il fait toutefois comprendre la nécessité d’une union nationale.
Détailler toutes les batailles de la Grande Guerre est chose impossible dans cet article. Cependant quelques lieux de combats sont liés à l’histoire de notre village par les épreuves et la douleur que nous avons en partage. Ces lieux, dont la plupart font partie des 2951 communes à être décorées de la Croix de guerre 1914-1918, suffisent pour témoigner à eux seuls de toutes les tragédies du conflit. Ils sont ceux où sont tombés les enfants du pays qui laisseront leurs noms gravés dans la pierre de notre monument aux morts.
Nous nous référons au livre de l’ASPEH et au talent de Maurice Degrigny pour sa narration de cette période, et au travail de recherches de Bénédicte Vassor pour savoir qui étaient les quinze hommes des Loges-en-Josas tués aux combats dans ces différents lieux :
Au « lieu-dit » LEUZE. Septembre 1914. Nous sommes au cœur de la première bataille de la Marne. Oubliés les matins calmes de la fin des étés. Le petit hameau s’éveille sous la mitraille. Les combats font rage depuis le 5 septembre de la Brie jusqu’au pays d’Argonne. Ils dureront jusqu’au 12. Les Allemands sont stoppés puis repoussés. Le 5ème régiment d’infanterie est engagé dans cette bataille aux côtés du corps expéditionnaire britannique.
Théophile BOTCAZIOU
Le soldat de deuxième classe Botcazou fait partie de ce 5ème régiment, il est le premier Logeois de la guerre à mourir au combat le 8 septembre 1914.
« Théophile BOTCAZIOU est né aux Loges-en-Josas le 10 avril 1883,
Il habitait au 42 rue de la Halte, était gardien à l’aérodrome de Toussus-le-Noble ».
est une petite commune du département de la Somme située près de Roy. Au mois de septembre 1914, elle compte 47 habitants. Elle sera, à partir de 1915, le théâtre de violents affrontements dans le cadre de la bataille de la Somme.
LA CHAVATTE
Emile BOUSSION
Des combats y ont lieu dès 1914 et c’est au cours de l’un de ces combats que le soldat de 2ème classe Emile Boussion est porté disparu le 27 septembre 1914.
« Emile BOUSSION est né à Saint-Mesmin-le-Vieux en Vendée le 18 février 1893.
Il habitait 55 Petit Jouy aux Loges, était clerc de notaire chez Maître Baglan à Jouy-en-Josas.
Il avait deux frères, Maurice et Gilbert nés l’un et l’autre aux Loges en 1897.
Il a été déclaré « Mort pour la France » après avoir été porté disparu ».
. Septembre 1914. Ce petit village de la Somme est au centre des combats de l’un des épisodes de la « La course à la mer ». Il compte 391 habitants en 1911 et 247 en 1921. Entièrement détruit pendant la guerre, il verra son église reconstruite en 1922. Une nécropole est érigée sur son territoire rassemblant 1.348 corps dont 1.300 britanniques.
MARICOURT
Deux enfants du pays sont morts dans cette commune de Maricourt :
« Le 28 septembre 1914 est tué à l’ennemi Jean DELMAS, né dans le Cantal le 24 avril 1886.
Il est le fils d’Antoine Delmas, garde-champêtre et de Françoise Hézard.
Il habitait aux Loges, 4, place de la Mairie et travaillait à la ferme de Monsieur Théodore Champy.
« Le lendemain 29 septembre 1914 est porté disparu Emile FOUSSIER, né en 1887.
Il habitait 19 Grande- Rue aux Loges, s’y était marié le 18 mars 1911 avec Célestine Dubois.
Il était plombier-couvreur. Après avoir été porté disparu il est déclaré « Mort pour la France ».
dans le département de Seine et Marne, toujours en septembre 1914. Cette bourgade de 1779 habitants en 1911 se trouve sur la ligne de front de la première bataille de la Marne. Le château deviendra hôpital militaire après avoir été repris aux Allemands par les 73ème et 28ème régiments d’infanterie dont fait partie le caporal Douchy.
ESTERNAY
« Le 29 septembre 1914 est « Mort pour la France » Edmond DOUCHY.
Il était né dans le 18ème arrondissement de Paris le 1er mai 1889 et habitait aux Loges.
Il avait 25 ans. »
AMIENS.
Préfecture de la Somme. Pendant toute la durée de la guerre, le service de santé français réunit en cette ville tous les services des 1
ère
et 2
ème
armées dans le
«
groupe région nord
»
. Dans le cadre de ces regroupements sont créés plusieurs hôpitaux militaires temporaires.
Deux Logeois perdront la vie dans ces structures :
« Le 13 octobre 1914 est mort Eugène GUYON à l’hôpital temporaire n°4bis d’Amiens.
Il était né le 19 juillet 1884 à Jouy-en-Josas, il s’était marié avec Julie André.
Il a succombé à ses blessures de guerre. Il est enterré au cimetière des Loges ».
« Le 18 novembre 1914 meurt Louis ANGENARD né aux Loges-en-Josas le 31 mars 1883.
Il y habitait 43, rue de l’hôpital et était jardinier chez le Baron Mallet au Château de Côtes.
Il avait deux sœurs, Léonie née en 1878 aux Loges et Alphonsine née en 1892 aux Loges.
Il est mort des suites de fièvre typhoïde et de syncope cardiaque contractées au service. »
en 1915. Nous revenons dans le département de la Marne; après le recul de l’armée allemande en septembre 1914, commence une guerre de tranchées. Le site deviendra célèbre en raison de ses tranchées qui, vues du ciel, ressemble à une main gauche ; il sera surnommé « La main de Massiges » Le total des pertes humaines dans ce secteur sera d’au moins vingt mille hommes.
MASSIGES
« Le 3 février 1915 à Massiges est mort Jules FOUSSIER. Il était né le 22 mars 1889 à Versailles.
Il avait deux frères, Désiré et Emile nommés précédemment « Mort pour la France ».
Il a succombé des suites de blessures par armes à feux (éclats d’obus). »
AIX-NOULETTE est une commune du Pas de Calais. Sur ce terrain, en mai 1915, le 24ème régiment d’infanterie français passe à l’offensive. Les vagues d’assaut ont à faire face à des feux de mitrailleuses. Les pertes sont extrêmement lourdes, le combat se poursuit au corps à corps dans les tranchées. Peu d’hommes regagneront leur base. Le soldat Jean Bordier est de ce 24ème RI.
« Le 25 mai 1915 à Aix-Noulette est mort Jean BORDIER,
Il était né aux Loges-en-Josas le 25 novembre 1884 et y habitait 48, rue de la halte ».
VIENNE LE CHÂTEAU au lieu-dit « LE BOIS DE LA GRUERIE » situé en lisière de la forêt d’Argonne dans le département de la Marne, ont lieu des combats acharnés au cours desquels la 3ème armée allemande mine les sols et utilise massivement les armes chimiques employées depuis le 22 avril 1915.
Un ossuaire recueille les restes d’environ 10.000 soldats non identifiés provenant de ce bois de la Gruerie.
« Le 4 juillet 1915, dans le bois de la Gruerie est mort René BONNEAU à l’âge de 21 ans.
Il était né aux Loges-en-Josas le 15 janvier 1894, logeait 56, Petit Jouy, était fumiste chez Grasset ».
Nous sommes toujours dans la Marne en forêt d’Argonne au lieu-dit « BOIS- BOLANTE ».
Le 13 juillet 1915 les Allemands lancent une offensive pour couper la voie ferrée reliant Sainte-Menehould à Verdun. Les combats dureront dans ce secteur jusqu’à l’armistice de 1918. Plus de 50.000 soldats de toutes nationalités y trouveront la mort.
« En ce13 juillet 1915,Auguste GAUDEFROY, caporal au 72ème RI est tué au combat
à Bois-Bolante en forêt d’Argonne. Il habitait Les Loges et était jardinier
Né le 29 mars 1880 dans la Somme, il était marié avec Marie Céleste ».
VIENNE LE FRANCE. Depuis la premièrebataille de la Marne de septembre 1914, les batailles se succèdent dans ce département. Il connaîtra la premièrebataille de Champagne de décembre 1914 à mars 1915, puis la seconde de septembre à octobre 1915, la troisième d’avril à mai 1917 avec le Chemin des Dames d’avril à octobre 1917, la quatrième du 15 au 18 juillet 1918, la deuxième bataille de la Marne du 15 au 20 juillet 1918. Entre chacune de ces batailles les accrochages sont nombreux.
« Ainsi est mort au combat à Vienne-le-France le 14 juillet 1915 le caporal Albert NEVEU.
Né à Jouy-en-Josas le 29 septembre 1893, il avait 21 ans.
Il habitait 66, Petit-Jouy aux Loges, il était maçon chez Chapelle à Versailles.
SALONIQUE. L’évocation de cette ville grecque nous rappelle que nous sommes dans un conflit mondial. De son nom complet Thessalonique, cette cité est un port de la province de Macédoine. En 1915 « l’armée française d’Orient » constituée d’une partie des troupes des Dardanelles se joint aux Britanniques et aux Serbes, notamment pour porter secours à la Serbie.
Le 2 septembre 1916 est mort à l’hôpital temporaire n°14 de Salonique Jean BOULAIN.
Il avait 33 ans et habitait au Moulin de Vauptain ; il était ouvrier agricole.
Il s’était marié à Buc en 1910 avec Eva Deligné.
AMIENS. Les hôpitaux militaires, dont ceux d’Amiens, recevaient les blessés des fronts Nord et Est, entre-autres ceux des batailles de la Somme (septembre à novembre 1916) et de Verdun (février à décembre 1916). Comment ne pas évoquer ces deux batailles qui sont les plus meurtrières de la guerre ; 1.500.000 victimes dont 442.000 morts et disparus dans la Somme ; 700.000 morts, disparus ou blessés à Verdun. De quel champ de bataille venait le maréchal des logis Daniel Magnen ?
Le 3 octobre 1916 est mort à Amiens Daniel MAGNEN des suites de blessures de guerre.
Il était né le 22 juillet 1891 à Mazamet dans le Tarn, habitait 82, Château des Côtes aux Loges,
Il était mécanicien. Il est enterré au cimetière des Loges-en-Josas.
SAINT-REMY-BLANZY est une commune du département de l’Aisne située près de Soissons. Nous nous trouvons au lieu-dit « La ferme de la Fontaine Alix » dans le théâtre des opérations de la bataille du Soissonnais et de l’Ourcq. Les Français sous le commandement des généraux Foch et Mangin conduisent, avec leurs alliés, une contre-offensive du 18 au 22 juillet 1918 avec déplacement de 350 chars. Cette action sera victorieuse mais au prix de 125.000 morts, dont 95.000 Français, 13.000 Britanniques, 12.500 Américains; les Allemands perdent 168.000 hommes.
Le 20 juillet 1918, Désiré NORET est tué au combat à Saint-Rémy-Blanzy, il avait 21 ans.
Il était né à Chevilly-Larue le 5 janvier 1897.
Soldat de 2ème classe au 74ème Régiment d’Infanterie, il a été décoré de la Croix de guerre.
C’est ainsi que disparaissent 15 hommes dans la fleur de l’âge sur 300 habitants que comptait Les Loges en 1914…
Dans ces années de guerre, le village des Loges-en-Josas se voit obligé d’accepter l’installation d’un dépôt provisoire de munitions dans le bois de
La Garenne.
Ces dépôts provisoires sont constitués près des lieux de batailles ou très en arrière selon les possibilités d’acheminement. Concernant celui des Loges, il faut reconnaître que le site est bien choisi ; dissimulé dans la forêt, il est à l’abri des regards indiscrets ; en même temps il est à proximité du chemin de fer de la grande Ceinture. Des wagonnets
Massard
circulant sur une voie ferrée à faible écartement
Decauville
relient le bois jusqu’au passage à niveau du fond de vallée en passant sous le porche de la
Porte de Jouy.
L’inconvénient de taille pour le village est le danger extrême que représente ce dépôt en cas d’attaque ou d’accident.
Il faudra attendre jusqu’au 11 NOVEMBRE 1918 pour qu’enfin les Allemands demandent et obtiennent l’armistice qui est signé le matin à 5h15 avec cessez-le-feu effectif à 11h.
La France est en deuil de 1.383.000 hommes. La population est partagée entre allégresse, soulagement et surtout tristesse par tant de deuils.
La fin de l’année 1918 voit les soldats revenir de la guerre et notre village reprendre ses activités. Chacun retrouve son poste. La vie reprend son cours normal, mais on pleure ceux qui ne reviendront pas. On réconforte les mutilés et les « gueules cassées ». On soigne les gazés, les blessés, certains garderont les séquelles de leurs blessures toute leur vie.
Hommage aux morts des Loges en Josas
Sur la place, entre les marronniers, surgit
D'un tertre gazonné la pierre de granit.
Au bord du chemin, placé comme en faction,
pour chaque passant, elle fixe la dévotion,
Celle du souvenir et de la reconnaissance
À tous ceux qui sont morts pour sauver la France !
15 noms sont gravés Creux, dans le socle noir,
De l'or pur est coulé dedans, pour les mieux voir :
Botcazon, Delmas, Douchy, Guyon et Foussier,
Magnen, Bonneau, Neveu, Noret, Boulin, Bordier,
Boussion, Gaudefroy, Angenard,… Holà Poilus !
Hélas mon cri reste vain, nous ne nous verrons plus.
Pour vous Morts de Marne, de Verdun ou d'ailleurs
Je réponds en saluant, « Morts au champ d'honneur ».